Mardi 7 juillet 2009

02.07.2009       

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Panique bancaire de l'été 2008 en Angleterre. Les déposants se ruent pour retirer leur argent à la suite de crainte d'une faillite de la Northern rock (AFP).


La nouvelle n’a pas fait la une. Pourtant elle mérite l’attention.
La Banque centrale européenne (BCE) vient de débloquer  442 milliards d’euros pour les prêter aux banques. Fin 2008, le gardien de la stabilité monétaire sur le Vieux continent s’était fendu de 347 milliards d’euros pour ranimer le marché interbancaire paralysé par la défiance généralisée. Non seulement la BCE prête d’avantage, mais elle prête plus longtemps. Le délai de remboursement est prolongé de six à douze mois.

 

Les optimistes se frotteront les mains et interpréteront cette générosité comme la confirmation de leurs espoirs dans un retour rapide de la croissance. La BCE injecte autant pour répondre à la demande en crédit.

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Mais on peut juger la mesure autrement et on peut s’inquiéter. Si la BCE sort autant d’argent, c’est pour huiler le marché interbancaire qui ne fonctionne toujours pas correctement. Les banques se regardent toujours en chiens de faïence en se méfiant les unes des autres. La confiance dans l’avenir, invoquée par les gouvernements pour pousser les ménages à ouvrir leurs portes feuilles, ne passe les portes des banques.

 

Puisque les banques rechignent à prêter que font-elles donc de l’argent ? Les banques empruntent à 1% à la BCE, se prêtent à 1.57% (taux de l’Eurolibor) mais au lieu de passer au destinataire final du crédit, vous et moi, elles placent ces pépettes auprès de la BCE à 0.25%.

 

Totalement absurde ? Pas du point de vue du bilan des banques. Les dépôts effectués sur votre livret de caisse d’épargne ou votre compte chèque sont comptabilisés comme un passif (c’est de l’argent que la banque doit). En revanche, les créances (prêts immobiliers, à la consommation, avances de trésorerie...) sont considérées comme des actifs car elles sont supposées être honorées.

 

Le talon d’Achille est que lorsque les créanciers font défaut, le montant des actifs baisse et ne couvre plus passif (les dépôts). La banque devient insolvable, c’est-à-dire en cessation de paiement.

 

D’où l’étonnant circuit fermé d’aujourd’hui. Les banques empruntent à la BCE (le passif augmente), se prêtent entre elles (les actifs montent), et déposent ce prêt à la BCE (passif mais beaucoup moins risqué que de prêter à un particulier ou une entreprise surtout en temps de crise). Certes, l’opération est un peu coûteuse à cause du différentiel de taux d’intérêt (perte de 0.22%). Mais ce surcoût est compensée par la revalorisation de la qualité de leurs actifs (un prêt à la BCE vaut mieux que celui octroyé au pékin moyen) et surtout par les divers commissions qu’elles s’ingénient à ponctionner sur les comptes de leurs clients.

 

Les taux d’intérêt sont aujourd'hui à des niveaux historiquement bas. Mais les commissions n’ont pas été réduites d’un iota. Voire elles ont augmenté. Les lecteurs auront sans doute remarqué la rapacité actuelle des banques pour leur facturer des agios et frais divers. Comparativement aux taux d’intérêts, ces commissions n’ont donc jamais été aussi élevées.

 

800pxwar_of_wealth_bank_run_poster.jpgPanique bancaire de 1898 aux Etats-Unis.

 

Le gain pour la banque, et la perte pour le client, varie selon le tarif de chaque établissement. Cependant, d'une manière générale, le montant des frais ont le même impact que d'imposer des taux d’intérêt négatifs sur les dépôts. Ce qui signifie que déposer de l’argent coûte plus n’en rapporte pas.

 

C’est le Japon qui dans le sillage de sa « longue décennie perdue » a réintroduit cette pratique rentable pour le banquier pour la première fois depuis Gênes... au 17ième siècle.

 

Au contraire des Etats-Unis où une des premières décisions de l’administration Obama a été d’ausculter les bilans des banques, ( « stress test ») l’Europe n’a toujours pas évalué la santé de l’ensemble de son système bancaire. Plusieurs raisons expliquent cette inertie. Le manque de coordination entre les états-membres; la fragmentation du système bancaire européen (l’Europe compte quatre fois d’institutions que les Etats-Unis); la politique, notamment en Allemagne à cause de l’approche des élections dans les Lander, ces régions disposent de vastes pouvoirs en matière financière; le poids du lobby des banques qui n’est pas à négliger...

 

 

Le Fond monétaire international (FMI) a mis les pieds dans le plat en mai. Il prévoit que les banques européennes auront besoin d’être recapitalisées à hauteur de 375 milliards de dollars cette année (275 milliards de dollars pour l’ensemble du système américain). Forcée par cette estimation, la BCE a été contrainte de lever un coin du voile et sa propre estimation : 283 milliards de dollars.

 

Pour mieux comprendre l’enjeu et l’impact de ces chiffres sur l’économie, le montant d’une « recapitalisation » équivaut grosso modo au montant des pertes accusées dans les portefeuilles de prêts (actifs) détenus dans les banques, c’est-à-dire l’argent perdu à cause de la défaillance des emprunteurs.

 

En dépit des dénégations de Christine Lagarde, les banques françaises sont aussi mal loties que leurs concurrentes étrangères et un rappel douloureux de leurs fragilités est à craindre dans les mois à venir. Car les assurances du ministre n’ont de sens qu'en raisonnant comme si le système bancaire français vivait en vase clos, protégé par l'insularité. C’est faire abstraction de l’interdépendance qui lie les banques à travers le monde. Et même si les banques françaises n’ont pas de cadavres dans le placard, comme elles prêtent à d’autres qui en ont, il y a le risque d'un effet de contamination. Le système est ainsi, quand les mauvaises banques coulent, elles entraînent les bonnes banques qui s'enfoncent.

 

Il y a la reprise tant espérée. Or, elle joue à l’Arlésienne. En mars dernier, la BCE tablait sur une contraction de 2.9% pour 2009 en mars dernier. Elle a révisé à la baisse ce niveau déjà catastrophique en juin. Maintenant elle table sur une croissance négative de 4.6%.

 

La dégradation de l’activité entraîne mécaniquement la dégradation des bilans de banques. Plus la dépression se creuse, plus le nombre des faillites augmente, et moins les banques ont de fonds propres (l’argent de leurs actionnaires, les bénéfices des exercices précédents...) pour absorber la hausse des pertes dans leurs portefeuilles de prêts. Plusieurs pays sont au bord du gouffre (Irlande, Europe de l’est...). Jugé plutôt solide il y a trois mois, le système espagnol, craque actuellement. Sa faille est le réseau de caisses d’épargne dangereusement exposé à la crise de l’immobilier.

 

Enfin, les banques n’ont viré de leurs bilans qu’une partie des bombes à retardement qui si cachent. Tablant sur la reprise à venir qui remplira les caisses de leurs créanciers et transformera les mauvais risques en bons risques, elles ont repoussé le nettoyage complet à une date ultérieure. Ce pari a un sens si la reprise est au rendez-vous. Mais si la croissance pose un lapin, c'est le retour à la case départ, c’est-à-dire à novembre 2008.

 

Bruno Birolli

 
source:http://crisevousavezditcrises.blogs.nouvelobs.com/archive/2009/07/02/un-automne-sombre-pour-les-banques-europeennes.html

Par Laménorah - Publié dans : NOM (nouvel ordre mondial)
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